14/12/1928 : Pacifique

Le 14 décembre 1928 vers 10 heures du matin, le chalutier français « Pacifique » de 450 tonnes, immatriculé à Fécamp, commandé par le capitaine Ernest Cahoerd, sortait de la rade de Saint-Pierre à destination de Fécamp. Ce chalutier avait un équipage de 38 hommes et il avait à son bord quatre passagers. La veille il était revenu des lieux de pêche pour se ravitailler en eau et en charbon pour effectuer sa traversée de l’Atlantique a destination de la France.

Dix heures après le départ de Saint-Pierre, les chalutiers ‘Commandant Emaille’, ‘Mont Kemmel’ et ‘Asie’ qui étaient sur le « Bancs », captèrent un signal de détresse du Pacifique, mais ce signal quoique distinct était de très faible tonalité. Ils essayèrent d’entrer en contact avec le Pacifique, mais malgré leurs appels répétés, ils n’y parvinrent pas.

Le lendemain, le chalutier « Asie » avisa son représentant à Saint-Pierre de la réception du message de détresse du « Pacifique ». L’agent informa aussitôt les agents de la Compagnie à Saint-Jean de Terre-Neuve, Messieurs Harsey et Compagnie. Les recherches furent organisées sur la côte de Terre-Neuve, mais elles ne donnèrent aucun résultat. Les recherches furent effectuées jusqu’au 21 décembre où elles furent abandonnées. Cependant le 20 décembre, un habitant de Ship-Harbour, petite localité de la Baie de Plaisance, en allant à la chasse, fut stupéfait de voir une chaloupe dite « de vapeur » montée très haut sur la grève, et qui portait le nom de « Pacifique » peint en noir sur sa coque.

Voici le rapport que cet homme fit aux autorités de son pays après sa découverte.

« Le 20 décembre 1928, après avoir pris mon fusil, je suis allé sur la côte faire un tour à la chasse. J’ai aperçu un canot que je dénommerais « canot de vapeur », monté à sec sur le haut de la grève, et je m’en suis aussitôt approché. Il était échoué sur sa quille, et à ma grande stupéfaction je vis un homme étendu dans le fond, face en bas. Il y avait deux cartes postales dans le fond de l’embarcation, qui n’avait aucune trace d’eau a l’intérieur. Il y avait également dans le canot, deux ancres et une poulie double, c’est toute ce qu’elle contenait, en plus de l’homme mort. Je n’ai pas touché le corps à ce moment. Je suis revenu au port afin de m’adjoindre les quelques hommes disponibles, et il était tard quand nous sommes arrives sur les lieux.

Apres avoir retiré le corps de l’embarcation, nous l’avons transporté au port, et mis à l’abri pour la nuit. Le lendemain, j’ai télégraphié et on m’a répondu de l’enterrer. Ce même jour nous avons fait un cercueil dans lequel nous l’avons déposé après l’avoir lavé et vêtu de dessous neufs, puis enseveli dans un drap propre.

Les seuls vêtements qu’il portait lorsqu’il fut trouvé et retiré de l’embarcation se composaient d’un complet, de linge de dessous en flanelle rouge et d’un pantalon de drap bleu. J’ai trouvé sous lui une autre carte et un briquet. Rien dans ses poches qu’un couteau de poche. Aucun signe ou marque pouvant permettre de l’identifier.

Nous l’avons enterré samedi 22, le mieux possible, dans le cimetière catholique. Comme il était impossible de se procurer un prêtre, le temps était trop mauvais pour sortir du port, nous lui avons cependant fait un enterrement convenable et absolument tel que s’il se fut agi d’un des nôtres. J’envoie les cartes postales, photos et mèche de cheveux.

Veuillez me faire savoir qui est cet homme, me renseigner sur sa famille si on la trouve, afin que je puisse communiquer avec elle.

J’ai eu les soucis et tous les dérangements au sujet de cet homme, sauf ceux qui ont causé son enterrement. Quoique ne demandant aucune récompense pour ce que j’ai fait ; j’avoue cependant que je suis un homme pauvre et que j’accepterais volontiers, quoi que ce fut qui pourrait être accordé à cet effet. Les dépenses ne furent pas élevées, cinq ou six dollars, valeur du bois, des vêtements de dessous, etc.

J’ai chez moi les objets qui étaient dans le canot, lequel est en lieu sûr.

Signé : Patrick D. Griffiths à Ship Harbour, Baie de Plaisance

L’homme qui était dans le canot fut identifié, et la famille Griffiths a échangé une correspondance régulière pendant des annees avec la veuve du marin trouvé dans le canot. Il s’agit de Roger Pichet qui faisait partie de l’équipage du chalutier français « Pacifique » disparu corps et biens dans la soirée du l4 décembre 1928. Ce bateau sombra vraisemblablement au Cap Sainte-Mary (entrée de la Baie de Plaisance – Terre-Neuve).

Peut-être un jour, un adepte de la pêche sous-marine découvrira-t-il au pied d’une falaise de Terre-Neuve, l’épave du « Pacifique » dont la disparition affecta pendant de nombreuses annees la population de nos Iles.

2 réflexions au sujet de “14/12/1928 : Pacifique”

  1. bonjour je suis un des petits fils de ernest cahard capitaine du
    Pacifique j’essai de trouver des renseignements concernant les navires commandés par mon grand père quand j’ai trouvé votre site.
    l’histoire relatée correspond bien à ce que mon père Charles Cahard nous a raconté ,ayant fait le déplacement de Fécamp afin de comprendre ce qui s’est passé mais sans grand succès.
    cordialement.

  2. Bonjour,
    D après ce que je sais, je suis l arrière petite fille de Roger Richer, enterré à la « pointé du français » à terre neuve. Je n avais cependant pas connaissance de la correspondance entre la famille griffiths et mon arrière grand mère , Hélène Richer.est ce possible d’avoir une photo du lieu où est enterré Roger Richer ? Merci.

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